Mercredi 25 mars après-midi ils étaient 7 à participer au rendez-vous des jardins d’accueil donné par Bruno Viennois, maraicher expérimenté et explorateur de variétés paysannes passionné. Beaucoup de conseils pour les semis à la volée, en caissette ou godet.
Un grand merci à Valérie qui a pris soin de noter tous ces conseils.
Les serres de Bruno
Bruno prêt à tracer les sillons qui accueillerons des plants.
Les conseils de Bruno
Les catégories de semis
- A la volée directement en terre
- En godets ou caissette
- Sous serre, en terre mais en semis serré (exemple des salades)
Repiquage et reprise des plants
Le contact entre le sol et les racines est essentiel. Il faut éviter toute discontinuité au moment du repiquage, surtout sans arrosage possible.
Le repiquage se fait idéalement avant une pluie ou dans un sol frais.
Le pralinage à base d’argile améliore l’adhérence entre racines et terre et limite le stress hydrique, ce qui favorise la reprise.
Fabrication des mottes
Le terreau humide est étalé et nivelé comme une chape. On met des planches tout autour, par exemple de 7 cm de hauteur, pour délimiter. On remplit avec du terreau bien humide, posé au sol. Ensuite, avec une règle de maçon, on vient tirer la matière pour avoir une surface bien plane, puis on taloche pour lisser et compacter, exactement comme sur du béton.
On peut même se déplacer dessus sans l’abîmer, en utilisant une planche avec des cales pour répartir le poids, comme en maçonnerie. Ça permet d’avancer sans marcher directement dans le terreau.
Un outil avec deux lames permet ensuite de découper ou structurer la surface en mottes régulières, faciles à manipuler.
Le substrat utilisé est un terreau riche et humide, fabriqué sur place, ce qui limite les besoins en intrants : une fois le cycle de la couche chaude terminée, le fumier est composté 1 an en compost puis 1 an encore pour devenir du terreau.
Couches chaudes en châssis
C’est une technique ancienne utilisée notamment autour de Paris entre 1600 et 1850. À l’époque, il y avait énormément de chevaux pour le transport, donc beaucoup de fumier de cheval disponible.
Le principe repose sur la fermentation du fumier frais qui produit de la chaleur. Le fumier est placé en base, recouvert d’une couche de terre ou de terreau, puis les plants sont installés dessus. Cette technique permet de démarrer les cultures plus tôt sans chauffage artificiel, tout en valorisant une ressource locale.
La température peut monter très vite sous châssis, jusqu’à 60°C. Au-delà de 30 à 35°C, la germination est compromise. Il est nécessaire de suivre la température avec un thermomètre. Le bon moment pour semer est lorsque la température se stabilise entre 18 et 28°C. La ventilation se fait en ouvrant les châssis avec une simple cale en bois.
Des voiles d’ombrage sont utilisés, souvent en trois couches, pour éviter la surchauffe.
Sur une couche chaude lancée mi-février, la production de chaleur du fumier diminue avec le temps. Mais à la fin mars, le soleil prend le relais. Et comme les plantes ont déjà germé — même les aubergines et les poivrons — elles sont moins sensibles. La phase la plus critique, celle de la germination, est passée. Si la température baisse un peu, ce n’est plus dramatique, la croissance ralentit simplement.
Repiquage de plants de salades en images
Le pralinage des plants de salade
Les plants sont pris en poignée sans tri préalable. Le tri se fait au moment de la plantation en conservant les plus beaux.
Une fois qu’on a une poignée de plants homogènes, on fait ce qu’on appelle un habillage des plants. On coupe une partie des feuilles pour réduire la surface foliaire. L’objectif, c’est de limiter la transpiration, parce que le moment critique pour la plante, c’est justement sa capacité à alimenter toutes ses feuilles en eau après le repiquage.
Bruno explique sa sélection pour des plants de salade résistants
- Une sélection ciblée, où on accepte de perdre un peu de diversité pour obtenir un résultat esthétique précis et attractif
- Une sélection large, où on garde toute la diversité pour travailler la résistance, notamment face à la chaleur (jusqu’à 30°C)
Des tests sont réalisés à haute température pour sélectionner les plants les plus résistants. Cela nécessite un grand nombre de graines afin d’exercer une forte pression de sélection. Le travail repose sur l’observation, la sélection et le temps.
Ici le choix se porte sur des feuilles de chêne italiennes mouchetées : un mélange de romaines et batavias mouchetées. Il y a une version « feuille de chêne » et une version « non feuille de chêne », cette dernière étant probablement dominante.(un peu comme pour l’exemple classique des yeux bruns et des yeux bleus : les yeux bruns sont dominants, les yeux bleus récessifs).
L’an dernier, en ne sélectionnant que les feuilles de chêne, je pense avoir isolé les récessifs. Je n’en suis pas complètement certain, mais je vais pouvoir le vérifier cette année. Si je ne retrouve aucune plante non conforme, cela voudra dire que la sélection a bien fixé ce caractère. Et ce qui est intéressant, c’est que même sur une plante autogame, on peut quand même conserver beaucoup de diversité.
Cette année, je ne pouvais pas le faire correctement, parce que je n’avais pas assez de graines. Il n’y avait qu’une salade, ou trois salades différentes, ce n’était pas suffisant. J’ai besoin d’avoir 300 à 400 grammes de graines.
Par exemple, mardi, j’ai semé 40 grammes à 30°C, ce qui représente environ 32 000 graines. L’idée, c’est d’exercer une pression de sélection énorme, mais sur un très grand nombre. Si une seule graine sur 32 000 s’en sort, encore faut-il avoir suffisamment de graines pour pouvoir repérer cette survivante. C’est comme ça qu’on peut faire émerger le 0,001 % qui résiste vraiment.
Donc je préfère, en quelque sorte, “perdre” une année en faisant d’abord de la multiplication (en réalité, ce n’est pas une perte, parce que ça me donne quand même des salades intéressantes, que je peux vendre au marché. Il n’y a donc pas de risque économique, puisque ce sont déjà de bonnes salades).
En revanche, cela décale simplement l’étape suivante : ce ne sera qu’en 2027 que celles qui sont là seront mises dans l’étuve, pour tester leur capacité à supporter 30°C et pousser encore plus loin la sélection.
Une nouveauté ne fait-elle pas peur au client ? si c’est bien expliqué, et surtout, quand les gens ont déjà mangé des produits issus de ce travail et qu’ils ont confiance, ils sont beaucoup plus ouverts à découvrir de nouvelles variétés.
Exemple des melons : les premières années de croisement peuvent donner des fruits peu savoureux. Dans ce cas, on ne commercialise pas. On observe, on sélectionne, on améliore. Et avec le temps, la sélection porte ses fruits. Après plusieurs années, on peut obtenir des variétés vraiment qualitatives. Par exemple, en mesurant le taux de sucre des melons et en ne gardant que les graines des meilleurs, on arrive progressivement à stabiliser une qualité élevée et régulière.
C’est un travail de patience et de rigueur : tester, observer, sélectionner… jusqu’à obtenir des variétés à la fois bonnes, fiables et dignes de la confiance des personnes qui les consomment.
Réglementation des semences
La distinction entre usage amateur et professionnel est principalement administrative. La qualité des graines reste similaire.
Quand une variété est vendue pour les jardiniers amateurs, il faut l’indiquer clairement sur le sachet (“variété destinée à l’usage amateur”) et proposer un conditionnement adapté, avec un grammage limité correspondant à cet usage.
Mais dans la pratique, la qualité des graines n’est pas forcément différente. Ce qui change surtout, c’est le cadre réglementaire, l’étiquetage et le conditionnement.
Du coup, certains contournent simplement la question en achetant plusieurs petits sachets. Par exemple, si quelqu’un veut 100 g de carottes Chantenay, il peut prendre 20 sachets de 5 g. Le semencier a déjà fait le travail d’information (variété, germination, origine…), donc l’utilisateur sait ce qu’il achète.
Certaines communautés rendent leurs semences publiques afin d’éviter leur appropriation. La diffusion et la traçabilité permettent de protéger ce patrimoine : Au Chiapas, les paysans ont développé des stratégies de protection originales. Par exemple, documenter publiquement leurs variétés : vidéos, descriptions détaillées, usages… L’idée est simple mais forte : rendre ces semences visibles, identifiées, et appartenant collectivement à une communauté, et personne ne peut se les approprier ou les breveter.
Cela ouvre aussi des perspectives intéressantes en cas de conflit juridique.
Au Mexique, berceau du maïs, les variétés paysannes sont directement exposées aux contaminations par les pollens de maïs OGM venus des États-Unis. Comme le pollen peut voyager très loin, les agriculteurs peuvent voir leurs cultures modifiées sans l’avoir choisi, ce qui crée une vraie tension.
Concernant l’évitement des pollinisations croisées, on peut jouer sur 3 facteurs :
- Spatial : on éloigne suffisamment pour éviter les pollinisations par insectes.
- Temporel : 2 variétés qui peuvent se polliniser alors qu’on ne veut pas sont cultivées en décalé ; elles ne fleurissent pas en même temps.
- Barrière physique : on voile soigneusement et on met des bourdons sous le voile pour polliniser les sujets isolés.
